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Plumes naturalistes ... Hiver 2009-2010

Le roseau – Phragmites australis
… maître des ambiances

« … Bonheur du vent et des lumières du soir sur les champs » (Pierre Lieutaghi)

Janvier, février, c’est le moment de faucher la roselière comme chaque année : les roseaux poussent, les hommes les fauchent, inlassablement…

A peine prononcé le nom du roseau…on sent l’odeur de la vase chauffée par le soleil, la caresse d’un vent doux sur la peau, on entend les chants de la bouscarle de Cetti et des rousseroles éclater dans la fin de printemps… et puis le vent bruissant doucement dans les grandes tiges déjà un peu séchées de l’automne… et puis les rires de l’hiver, quand on fauche la roselière et que l’un ou l’autre s’enfagne et perd ses bottes dans la vase…

Pour n’avoir jamais vécu tout près d’eux, il manque à mes impressions la naissance du roseau : Marie Gevers (1), cette amoureuse de l’eau et des plantes en parle superbement :

« Les roseaux étaient aussi fidèles et aussi spontanés que les hirondelles. Ils tentaient sans cesse d’étendre leur domaine. Le moment où la pointe des roseaux perce le miroir est aussi émouvant que le retour des hirondelles. Celles-ci choisissent le vendredi saint, et les roseaux naissent à l’air libre peu après. D’abord les plus proches des rives, car ils n’ont qu’une petite épaisseur d’eau à escalader, puis viennent ceux des profondeurs. Ils seront les plus beaux, les plus nourris, les plus bleus, les plus coupants, les plus effilés, les plus empanachés, mais ils seront aussi les derniers à cliver la surface diamantée, car leur voyage dans l’eau est bien plus long. J’ai souvent observé ce moment où la pointe touche presque la surface, puis regardé la fine aiguille qui a percé…Dès lors, le vent et le soleil sont obligés d’en tenir compte ! Une ride ou un anneau, une ombre ou un pli, si imperceptibles soient-ils, existent au point où le roseau fuse ».

Le roseau est maître dans l’art de créer des ambiances particulières, d’envoûter ceux qui passent, pour peu qu’ils ne marchent pas trop vite (le ½ km à l’heure étant une allure idéale, n’est-ce pas…)…et aussi de titiller la curiosité : je ne sais pas vous, mais moi je me demande toujours ce qui se passe dans ces grandes roselières de queue d’étang, quels canards s’y cachent et s’ils ont des petits, quelles araignées y jouent dans le vent, suspendues au dessus d’une eau inaccessible aux humains…

Le roseau est tellement du côté des ambiances, des sensations, qu’il m’est toujours difficile de retenir sagement ses particularités botaniques. Et de ne pas le confondre, à l’état végétatif du moins, avec ses sœurs la glycérie et la baldingère, autres grandes graminées (appelées poacées maintenant, pardon les botanistes!) des lieux humides. Il suffit pourtant d’en regarder leurs ligules (2) respectives: seule celle du roseau est faite de poils plutôt que d’une membrane.

Plante sociale des marécages et du bord des eaux dormantes (à Virelles, disons somnolentes ?), il est très cosmopolite et d’une grande variabilité selon l’écologie, en taille notamment. Ses rhizomes peuvent avoir jusque 5 mètres de long, signe de sa vigueur envahissante. Il peut former de trompeurs radeaux flottants, les racines des chaumes morts s’accumulant et se chargeant progressivement d’humus, permettant ainsi à d’autres plantes de s’y installer… mais gare à qui risquerait de s’y promener !

Mais pour bien connaître une plante, la botanique ne suffit pas… J’aime beaucoup connaître aussi son histoire et ses petites histoires, comment les humains l’ont utilisée, comment elle les a fait rêver et inventer des légendes. Le roseau en particulier est une de ces plantes aux mille usages, il accompagne l’homme depuis la nuit des temps.

Il y a l’usage alimentaire : les très jeunes pousses sont tendres et comestibles crues ou cuites, à condition de les récolter sous la boue : une fois arrivées à la lumière, elles deviennent trop amères. Sa tige riche en sucres, récoltée avant la floraison, était séchée, pulvérisée et tamisée pour faire de la farine à gâteaux. Les Indiens d’Amérique consommaient le rhizome écrasé et malaxé dans l’eau pour préparer bouillies et galettes. Rarement cité dans les plantes médicinales, son rhizome a cependant été utilisé comme sudorifique et diurétique.

Entre médicinal et magique, et en vertu de la théorie des signatures, le roseau qui a servi à fabriquer flèches et javelots était appliqué sur les blessures de flèches pour que la pointe sorte elle-même du corps, et pareillement les épines et échardes. On le croyait également remède des douleurs de la colonne vertébrale du fait de sa ressemblance avec elle, avec sa tige creuse aux nœuds réguliers. A Rome, il a été utilisé magiquement pour réduire les luxations des hanches, accompagné d’incantations et d’un rituel très précis.

Mais c’est dans les usages domestiques et ruraux que le roseau a le plus excellé. Il a été d’autant plus utilisé qu’il pousse et repousse en abondance chaque année, ressource durable et inépuisable. On recense, parmi beaucoup d’autres usages (3) :
 

  • il a fourni le meilleur chaume de nos climats, grossier mais très durable, protégeant les hommes du soleil et de la pluie et mettant sur les maisons le toit qui y garde fraîcheur ou chaleur

  • il a servi à faire cloisons, stores, paillassons, nattes…

  • tassé à l’horizontale entre mur extérieur et crépi intérieur, on en a fait un excellent isolant. Cet usage se retrouve de nos jours dans certaines maisons plus « naturelles »

  • on en faisait des cabanes traditionnelles dans de nombreuses régions dont la Camargue (mais il ne pousse cependant dans les eaux saumâtres que si la dose de sel ne dépasse pas 12 grammes par litre d’eau)

  • un « tuyau » de roseau introduit dans un trou foré dans le tronc d’un bouleau (ces deux végétaux étant légendairement apparentés à « l’esprit des eaux ») permet d’en tirer en mars l’abondante sève qui a longtemps constitué une des meilleures cures de printemps

  • les charretiers en faisaient des « capèches », sorte de coussin glissé entre le front des bêtes et les courroies pour leur éviter de se blesser

  • son panicule a servi en teinture végétale, fournissant une teinte verte

  • de nombreux peintres l’ont utilisé, Van Gogh s’en servait pour faire ses dessins à l’encre

  • on a également fait (du roseau ou de la canne ?) des armes parmi les plus anciennes, flèches et javelots. De son ancien nom égyptien dérive un mot copte signifiant « bois de lance »

On pourrait continuer longtemps ainsi, mais je vous ai gardé le plus joli pour la fin : dans les roselières, le vent se transforme en musique depuis que…le dieu Pan, cet incorrigible coureur de nymphes, en poursuivait une nommée Syrinx. Pour la protéger, ses compagnes la transformèrent en roseau. En souvenir d’elle, Pan fabriqua alors avec ce roseau la flûte qui porte son nom et joua le premier air, transformant le souffle en musique. Bien plus tard, on appela « syrinx » l’organe qui permet aux oiseaux de chanter, pour notre plus grand plaisir…

Peut-être est-ce pour cela que les oiseaux des roselières chantent si bien, tout près de la source mythique de leur chant, et que les roseaux nous enchantent tellement ?

Marie-Françoise Romain

Photos Nicolas Brusselaers et Anne Sansdrap

(1) Vie et mort d’un étang, Marie Gevers, éd. Les éperonniers, 1996
(2) Ligule : petite languette membraneuse ou formée de poils, située à la jonction de la gaine et du limbe des feuilles.
(3) Remarque : il est dommage qu’il soit parfois difficile, dans la littérature ethnobotanique, de savoir de quel « roseau » on parle. Le nôtre, Phragmites australis, et la canne de Provence, Arundo donax, notamment ne sont pas toujours bien différenciés, surtout dans les livres écrits dans les régions où les deux se côtoient.

Plumes naturalistes...


 

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