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Plumes naturalistes ... Les archives de l'été 2009

L’appel des Engoulevents...

Comme chaque été, le début des vacances annonce l’arrivée de l’équipe de Natagora Jeunes à Virelles. Vingt ans déjà qu’ils sillonnent la réserve et la région en tous sens à la recherche de belles rencontres… ornithologiques, bien sûr ! Cette année, leur stage démarre très fort ! Faute de Râle des genêts, ils découvrent une coupe à blanc où chante chaque soir… l’Engoulevent d’Europe.

Mardi 30 juin, je me laisse tenter par une nocturne en leur compagnie. Et la soirée démarre de manière bien agréable par un repas partagé autour d’une immense tablée. La passion et le plaisir de se retrouver se lisent dans leurs yeux. Ils ont tous de 12 à 25 ans… en principe car certains ont tendance à prolonger un peu l’aventure avec le groupe… et je les comprends !

Nous ne tardons pas à nous mettre en chemin pour être sur place au crépuscule. La route sinueuse serpente le long de la vallée de l’Eau Noire et s’élève peu à peu vers les hauteurs de l’Ardenne. Elle forme un couloir sombre à travers forêts de feuillus et de résineux qui s’illumine soudain au milieu de prairies humides ou de coupes à blanc. C’est là qu’une Cigogne noire s’est posée devant ma voiture il y a quelques semaines…

Un petit pont nous amène sur un chemin empierré encore plus étroit, qui poursuit sa route toujours plus haut. Quelques maisons, l’une ou l’autre ferme, un parcours à travers bois et prairies où l’air est dominé par une agréable odeur de foin fraîchement coupé. Encore une dernière ferme où les chiens s’amusent à nous poursuivre… une occasion qui ne doit pas leur être donnée si souvent car nous voici bientôt au milieu de nulle part. Et nous nous arrêtons près d’une immense clairière où les épicéas ont cédé la place aux fougères, aux joncs et aux digitales en fleurs. Les sureaux à grappes croulent sous le poids de leurs fruits d’un rouge éclatant. A l’entrée de la coupe subsistent quelques massifs de petits épicéas, de bouleaux et de sorbiers. Le plus courbé d’entre eux a été choisi comme perchoir par un beau mâle d’écorcheur. La Locustelle tachetée stridule dans les touffes de joncs, un Tarier pâtre alarme, le Bruant jaune et le Pipit des arbres chantent… L’endroit est donc bien habité. Par le lièvre également, que nous observons au loin dans une prairie…

Le groupe se sépare en trois, pour cerner l’immense mise à blanc. Puis c’est la longue attente… Un chevreuil rompt le silence par ses aboiements alors qu’une vibration s’élève soudain au-dessus de la coupe… L’Engoulevent vient de faire son entrée en scène. Il est 22h25. Il émet son ronronnement de manière continue, alternant longuement deux notes bien distinctes. La lumière décline lentement… Un oiseau se rapproche rapidement de nous, louvoyant à faible hauteur entre les massifs de buissons. C’est bien lui ! Il fait demi-tour et emprunte identiquement le même parcours en sens inverse puis disparaît au loin. Pour mieux capter son chant, nous plaçons nos mains en coupes tout contre nos oreilles. Un chant fascinant, émis le bec presque clos, par une vibration rapide de la mandibule inférieure… Le silence s’installe quelques minutes puis le ronronnement reprend… mais cette fois, bien plus près de nous ! L’oiseau s’est posé à une cinquantaine de mètres, au sommet d’un petit épicéa à la tête coupée. On ne peut imaginer plus belle plateforme d’atterrissage. C’est là que je regrette d’avoir abandonné ma longue-vue un rien plus tôt… L’oiseau décolle rapidement et fait entendre quelques vifs claquements d’ailes. Nous observons aussitôt une course poursuite entre deux individus, que je prends tout d’abord pour un rituel de parade. J’apprendrai plus tard, en relisant Géroudet, qu’il s’agissait sans doute d’un mâle pourchassant un rival…

Mercredi 1er juillet. Nous ne nous sommes pas fixés rendez-vous mais je retrouve tout naturellement une partie du groupe au même endroit. Le ciel se partage entre soleil rougeoyant et demi-lune. Un Engoulevent apparaît en vol, chassant des insectes au-dessus d’un rideau d’épicéas. Il nous émerveille par ses acrobaties aériennes en alternant vols battus légers et rapides, planés, brusques demi-tours, décrochés et montées soudaines. Il disparaît malheureusement assez souvent derrière la cime des arbres. Ses ailes et sa queue sont démesurément longues. Les périodes de chasse et de chant se succèdent et nous suivons un instant deux individus qui glanent leur repas. L’un d’eux nous survole et je n’aperçois pas de taches blanches dans ses ailes. Il s’agit certainement d’une femelle. Un chanteur se pose alors sur le perchoir bien connu. Inutile de préciser que depuis le début de la soirée, ma longue-vue attend que l’oiseau daigne s’y poster, corps allongé à l’horizontale. Malgré le déclin du jour, nous distinguons bien les contrastes de son plumage aux couleurs d’écorce. Son chant entendu de si près est tout ce qu’il y a de plus fascinant. Le mâle disparaît à plusieurs reprises mais revient régulièrement se percher au sommet de l’épicéa. Il nous offre quelques cris et claquements d’ailes et nous montre cette fois ses deux flashs blancs…

Jeudi. Après quelques pluies orageuses, un énorme soleil flamboyant nargue une lune aux courbes qui seront bientôt parfaites. Les moustiques se réjouissent de mon arrivée… puis de celle des jeunes de Natagora. Je suis heureuse de les revoir tous les soirs. Nous sommes à chaque fois cinq ou six mais le silence s’installe tout naturellement entre nous. A voix basse, nous partageons connaissances, observations et émerveillements… La Locustelle stridule, la Grive musicienne se répète inlassablement, le Merle alarme et le Rougegorge chante dans le sous-bois. Vers 22h15, nous percevons faiblement les premières notes de l’Engoulevent et son chant se rapproche peu à peu. Derrière nous, une compagnie de seize laies et marcassins traverse une prairie. Mon attention se concentre plutôt sur les deux Engoulevents qui virevoltent au-dessus des épicéas. Nous les admirons ensuite en vol sur un fond de ciel rosé… J’entends encore l’exclamation discrète des jeunes à la vue de ce magnifique spectacle. Je suis certaine que ce moment restera longtemps gravé dans leurs mémoires... et dans la mienne ! Un mâle nous survole, se pose bien en évidence et reprend le chant. Il effectue quelques brusques mouvements de la tête vers la gauche et la droite et nous profitons de sa proximité pour observer les taches claires de son plumage sur les côtés du cou et sur l’aile. Un silence signale son départ et une reprise de la chasse. Il suit les contours des épicéas pour un vol en montagnes russes. A chaque bref arrêt ou demi-tour, il nous donne l’impression qu’il va se poser mais il n’en est rien. Il revient se percher près de nous, poursuit un deuxième individu alors que nous entendons un autre mâle au loin. Il y a donc au moins deux chanteurs sur ce secteur. Les grenouilles vertes laissent s’échapper quelques coassements et clôturent ainsi la soirée…

Vendredi. Prête à aller me coucher, je décide soudain de m’équiper et de me mettre en route vers l’Ardenne. Mon arrivée provoque la fuite bondissante d’une chèvre et de ses deux faons vers la forêt. Les jeunes fêtent ce soir la vingtième édition du stage à Virelles mais quatre d’entre eux me rejoignent tout de même. Ce soir, la température est un peu fraîche même si le soleil est plus franc. Le crépuscule sera tout orangé… Vers 22h15, nous percevons les premières modulations de l’Engoulevent. A cet instant, un renard traverse les joncs tout près de nous. Le scénario est chaque soir semblable bien que toujours un peu différent. Chasse en vol, posés et chant, cris et claquements d’ailes… Les jeunes rejoignent Virelles pour poursuivre leur barbecue. Un rien trop tôt car ils manquent ces deux oiseaux tournoyant à très basse altitude et slalomant tout autour de moi en me donnant le tournis. J’entends quelques grognements de sangliers… Les étoiles illuminent le ciel…

Lundi. Un ciel d’enfer écrase les hauteurs de l’Ardenne sous sa noirceur et ses flammes. 21h55. Heure du premier chant… heure des premières gouttes. Le vent se renforce, la pluie aussi. Comme le bétail, je tourne le dos aux éléments mais suis vite contrainte au repli. Une faible accalmie me permet de quitter enfin mon refuge. La Locustelle et l’Engoulevent ont repris leur duo. Ce soir, inutile de l’espérer en chasse au sommet des épicéas…

Deux oiseaux tournoient près de moi au ras des joncs. Un chanteur se pose à plusieurs reprises puis s’envole pour une escapade à deux alors qu’un deuxième chanteur prend le relais au loin. Pas la moindre agressivité dans cette poursuite. Couple ou rivaux ? Je ne sais plus qu’en penser. J’attends patiemment la plus belle des scènes… Pour la première fois, je suis seule en ces lieux. Le rideau de nuages noirs s’ouvre lentement pour laisser apparaître les courbes généreuses de la pleine lune. Devant l’astre se dessine enfin la silhouette de l’Engoulevent, qui lui rend hommage en récitant sa ballade. Demain, je reviendrai… sans aucun doute… Impossible de résister… à l’appel des Engoulevents !

Anne

A Emeline, Dominique, Anne-Laure, Cédric, Xavier, Nicolas, Robin, Damien, Steve… et tous les autres !
A toi aussi, bien sûr…

Plumes naturalistes...

Songe d’un petit matin d’été…

Mercredi 19 août, 4h30. Coup d’œil rapide sur le thermomètre, 13°. Coup d’œil sur le ciel rivé d’étoiles. Un beau départ… Je rejoins Virelles, comme chaque jour… mais pour une aube sauvage en canoë. Ma première aube sauvage alors que l’activité existe depuis une dizaine d’années… Un rendez-vous partagé avec des amis artistes, avec qui le lien s’est tissé au fil des saisons.

Un tout fin croissant de lune accompagne nos pas vers l’étang où quelques chauves-souris volètent encore. Par ses cris, un héron cendré annonce notre arrivée au petit peuple de l’étang. Samuel nous propose de vivre avec lui le passage de la nuit au jour. Je me réjouis du joli clapotis d’un premier coup de pagaie dans l’eau.

Je remarque, sur la droite, quelques petits mouvements de saut en surface. Poisson ou … monstre du Lac ? A cette heure-là, tout est possible… Deux yeux nous regardent depuis les roseaux et surveillent notre départ. Un héron cendré, tout simplement. Nous passons à proximité de l’Ile aux lapins, où les chevaliers guignettes sont déjà actifs et rencontrons un premier vol de canards. Je ne peux résister à plonger la main dans l’eau. Douce chaleur… Il ne faudrait pas insister longtemps pour que j’aille m’y tremper.

Dans le parc, le troglodyte mignon, déjà réveillé, lance le signal d’alarme. « Des visiteurs sur l’étang ! » Et nous n’y sommes pas les seuls… Un couple de cygnes tuberculés longe majestueusement la grande roselière, dont nous nous approchons lentement. Nos pagaies fendent l’eau d’un seul corps puis nous nous arrêtons… Cancanages, bavardages de jeunes cygnes, cris de foulques, chant du troglodyte… Un coq annonce également qu’il est bientôt l’heure de se lever. Depuis son lointain pré, une vache lui donne raison.

Les fauvettes des marais se faufilent entre les tiges de roseaux et nous reprenons la balade. Les berges de l’étang défilent lentement sous nos yeux. Partout, des gerris, petites « araignées d’eau » sautent à la surface et font de longues glissades en nous ouvrant la route. « Un chassé-croisé digne du carrefour Léonard à l’heure de pointe » me dit Olivier.

Eté sec, baisse naturelle du niveau de l’eau et petites plages de vase font le bonheur des petits échassiers. Les trois bécassines des marais, qui piétinent la boue, ne risquent pas de me contredire. Par contre, quel serait l’avis de ce jeune grèbe castagneux, qui vient de trouver refuge sous une gerbe courbée de roseaux ? Nous sommes à l’arrêt pour les observer, ce qui n’impressionne nullement cette marouette ponctuée qui continue à picorer comme si de rien n’était.

Samuel nous surprend en entonnant « la chanson des grenouilles ». Je me souviens de ce conte de Steve Waring, écouté avec délectation quand j’étais petite. Nous nous laissons emporter dans un monde imaginaire, où les grenouilles parlent le langage des gens, si on prend la peine de fermer les yeux pour mieux les entendre.

Il y en avait une qui disait « Où es-tu? Où es-tu? Où es-tu? »
Et une autre qui lui répond « Suis ici, suis ici, suis ici, suis ici ... »
Et encore une autre qui demande « Où ça? Où ça? Où ça »
Et un vieux crapaud qui lui dit « Dans la boue, dans la boue, dans la boue... »


Une bécassine des marais, tire sa révérence, une fois l’histoire finie… et nous rejoignons le « Bout du monde ». Les arbres de cette presqu’île y portent les cicatrices de leur rencontre avec le castor. De l’autre côté de l’étang, le dos arrondi du Bois de Blaimont se découvre dans la brume. La palette de couleurs du ciel se transforme à chaque instant. Un avion y laisse derrière lui deux sillages orangés.

« Ouvrons nos oreilles » chuchote Samuel. « Le concert va bientôt commencer ». J’entends le klaxonnement d’une corneille et quelques mésanges bleues. Mais d’autres artistes s’échauffent la voix. Je les imagine dans une chorégraphie où ils battent rapidement des ailes contre leurs flancs. Un bref silence donne le signal de départ et le groupe d’étourneaux s’envole d’un seul nuage pour rejoindre les champs environnants. Quelques goélands, tôt levés aux Lacs de l’Eau d’heure, nous survolent en direction de la France. Près de nous, les cris aigus du martin-pêcheur se font entendre.

La forêt de Fagne, maintenant toute proche, s’éveille, elle aussi, sous les cris agacés du pic épeiche. « Pschh, pschh » lui répond la mésange boréale. « Pourquoi tant de rouspétances de si bon matin ? » « Que se passe-t-il ici » demande le roi pêcheur en filant le long de la roselière. « Mais on se dispute là-bas ! ». Les chevaliers guignettes sont en effet de gentils querelleurs qui taquinent une bergeronnette grise pour rester maîtres de « leur » plage de vase. Un petit monde « à la Steve Waring »… Une grande aigrette s’envole, les laissant à leurs taquineries…

Nous contournons l’ancienne canardière et entrons discrètement dans le sanctuaire du Ry de la Ferrière, dont l’entrée est jalousement gardée par deux jeunes poules d’eau. Nous glissons vers le cœur du marais, où les toiles d’araignées, couvertes de perles de rosée, garnissent joncs, baldingères, salicaires et rubaniers en fleurs. L’eau, à cet endroit, est recouverte d’un tapis de petits nénuphars, aussi joliment appelés « grenouillettes » ou « hydrocharis des grenouilles ». Une sitelle torchepot salue notre arrivée. Geais des chênes et troglodytes relaient bien vite son message. Le ruisseau se rétrécit soudain, permettant de justesse à notre rabaska de se frayer un passage. Instant magique d’une lente progression…

Nous entrons dans le monde tortueux du Royaume des Saules et délaissons un instant notre embarcation. Le long du Ry de la Ferrière, nous nous faufilons dans un dédale de saules, d’aulnes et d’arbres morts, où la vie foisonne. Il y a bien longtemps, un peuplier a décidé de s’y coucher, chacune de ses branches donnant vie à un nouveau tronc dressé vers le ciel. Fort heureusement, il nous octroie le droit de passage vers le garde-manger du Seigneur castor. Nous découvrons un tronc couché complètement écorcé, reste de ses copieux repas. L’animal n’a pas le tempérament gaspilleur car toutes les branches ont servi à consolider sa hutte avant l’hiver.

Nous faisons demi-tour, nous laissant guider par le miroir noir du ruisseau et quittons le sanctuaire en canoë. Un martin-pêcheur veille à en refermer consciencieusement la porte. « Tchow, tchow, tchow… ». Cinq chevaliers aboyeurs annoncent notre départ de plage en plage et nous offrent quelques jolis vols en escadrille. Un plein soleil illumine notre traversée de retour. Nous sommes tous sous le charme de cet étang, qui nous a déjà tellement donné, et qui nous réserve, à l’infini, de nouvelles surprises…

Anne

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