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Plumes naturalistes ... Les archives de l'automne 2008

Une infinie douceur…

Virelles, samedi 11 octobre. L’automne hésite ces derniers jours entre déluge et infinie douceur. Aujourd’hui, le soleil, qui nous a été promis, a bien du mal à percer et effacer le brouillard. Quelques timides rayons illuminent brièvement l’étang en début d’après-midi…

Un hôte de marque est de sortie… Un hôte qui se laisse très peu observer à Virelles depuis quelques années… Le Butor étoilé ! Philippe l’a repéré ce matin et avant notre réunion, nous profitons tous de cette observation « trois étoiles ». Un peu frustrant de le quitter…

Deux heures et demi plus tard, nous le retrouvons au même endroit, perché à un mètre au-dessus de l’eau. Sous son poids, les tiges se courbent et tout comme dans la fable, le roseau plie… mais ne rompt pas. A ses pieds se prosterne un petit peuple composé de Canards souchets, Fuligules milouins et Grèbes castagneux. L’oiseau effectue délicatement sa toilette et j’en profite pour admirer sa calotte et sa moustache sombres ainsi que son plumage écailleux. A la manière d’un serpent sous le charme d’un joueur de flûte, il se redresse et étend lentement le cou en ondulant. Puis il se retire et disparaît dans l’enchevêtrement de roseaux…

C’est l’unique représentant de la famille des Hérons sur le site à l’exception d’un Héron cendré qui survole l’étang. Quel contraste par rapport à il y a trois semaines ! Les mangeurs de poisson se sont regroupés aux abords de l’île : une cinquantaine de Grands Cormorans s’y reposent dans les arbres alors qu’un groupe de quatorze Grèbes huppés fait la sieste au gré de l’eau.

Le Seigneur des Marais vient de regagner sa touffe de roseaux favorite pour un repos prolongé, bec dans les plumes. Un drôle d’oiseau vu de dos, sans cou ni tête, parfaitement mimétique à l’exception d’un mince croissant blanc créé par le soulèvement de ses plumes au niveau des épaules. J’entends les cris de trois Bécassines des marais que je n’ai pas vu décoller. Elles viennent sans doute de quitter l’îlot où elles étaient bien cachées dans la végétation. Lapin Blanc, le gestionnaire des lieux, les aurait-il dérangées au cours de sa promenade ???

Lundi. Aujourd’hui, je vais m’offrir le plaisir de quelques heures d’école buissonnière et j’attends avec impatience la levée du brouillard. Le soleil est timide et le ciel se moutonne. Mais la douceur est de mise et pas un souffle pour perturber le miroir d’eau. Les arbres du parc se dénudent peu à peu et je suis accueillie par une légère pluie de feuilles de tilleul sous le chant du Rougegorge. Depuis la forêt de Fagne, j’entends les cris grinçants des Geais de chênes…

Sur l’îlot, en fin de matinée, l’heure est à la sieste chez les colverts. Contrairement à leurs cousins souchets, les mâles ont déjà retrouvé toute leur splendeur. Il y a deux jours, j’ai pu les observer parader et s’accoupler. Une vive querelle entre deux Cygnes tuberculés les réveille et tout ce petit monde se met à l’eau.

A l’autre extrémité de l’île, loin de cette agitation, une Bécassine des marais prolonge le repos, bec enfoui dans les plumes. J’aperçois toutefois ses clignements de paupière et de temps en temps un léger mouvement de la tête, preuves qu’elle est bien attentive à tout ce qui l’entoure. J’en découvre une autre, qui fait sa toilette, bien camouflée dans la végétation. C’est le mouvement de son interminable bec et le doré de ses bretelles qui ont trahi sa présence. Elle agite nerveusement le croupion et y passe régulièrement le bec, puis, immobile, elle se confond à nouveau avec le feuillage.
La première entame, elle aussi, une minutieuse toilette, lissant ses plumes par de délicats mordillements du bec. Elle étale largement sa queue rousse barrée de sombre. En fait, elles sont au moins six …

Arrivée claironnante et atterrissage éclaboussant d’un groupe d’une cinquantaine de Bernaches du Canada… J’aperçois au loin au-dessus de la roselière un vol d’une vingtaine d’oiseaux qui effectuent de curieux et brusques décrochés vers la gauche puis vers la droite. A mon grand étonnement, ce sont aussi des Bernaches. Accueillies par les cris du premier groupe, elles hésitent un instant puis font une large boucle pour se poser. Ensuite, les débats ont l’air assez agités, animés de klaxonnements et de mouvements de la tête et du cou de haut en bas. Puis c’est le retour au calme… jusqu’à la prochaine discussion !

Tout en observant, j’écoute attentivement les rondes de mésanges et les cris de la Sittelle, du Troglodyte, du Pic épeiche, du Pic vert et du Roitelet huppé. Comme le Rougegorge, le Grimpereau des jardins s’essaie à nouveau au chant. Mais cela semble si maladroit que je pense qu’il s’agit peut-être de jeunes oiseaux qui s’entraînent aux vocalises. Dans le ciel, les passages d’Alouettes des champs et leurs cris roulés sont très réguliers. J’y entends également des Tarins des aulnes, des Choucas des tours et peut-être un Pinson du nord. C’est comme cela aussi que je repère le Martin-pêcheur : deux ou trois cris me signalent sa présence avant que je ne le voie passer comme une flèche devant le mirador. Il faut à tout instant être à l’écoute…

Nouveau passage à hauteur de l’îlot et il me faut choisir entre la Bécassine des marais qui se dore au soleil et … le Pipit spioncelle qui arpente les berges caillouteuses. Il me semblait bien l’avoir aperçu ce matin mais sur la rive opposée et parmi le feuillage, je l’avais perdu. Je l’avais aussi cherché sans succès sur les îlots dénudés près du mirador. Le voici bien à découvert ! Tête et manteau brun terne très légèrement strié, sourcil et gorge crème, bec fin à mandibule inférieure orangée, poitrine crème aux stries brunes assez diffuses et pattes sombres… Il progresse en picorant au ras de l’eau et me laisse tout le loisir de l’observer. Et il ne manque pas de croiser… une Bécassine des marais… avant de disparaître…

Petit tour à l’est de l’étang où les Bernaches ont repris leurs bruyants conciliabules. Une Grande Aigrette pour un Héron cendré ; égalité, un point partout ! Dans un premier temps, à l’œil nu, pas grand-chose, il me semble… En fait, au bout du plan d’eau, ça grouille de canards plongeurs, milouins et morillons. Avec aussi quelques colverts et souchets. Manquant de patience, je les parcours sans trop chercher d’autres espèces parmi ceux-ci… Puis mon cœur se serre car je viens d’apercevoir, je pense, mon canard fétiche ! Est-ce possible à cette saison ??? Ceux qui me connaissent bien vont en rire et ont déjà compris. Vous savez, ce fameux canard que je recherche tout l’hiver et que je suis parfois seule à voir… Serait-ce mon premier Garrot à œil d’or de l’automne ? Entraperçu parmi les Fuligules avant une plongée générale et l’envol de certains oiseaux… Hallucination ?

J’enrage… Mais je la retrouve assez vite ma femelle Bucephala. Pas de doute ! Bec bicolore, tête chocolat, œil jaune clair et marques blanches sur les flancs. J’étais loin d’imaginer une telle surprise ! Cette découverte me réjouit bien plus que l’observation éventuelle de n’importe quelle rareté du moment, Pouillot à grand sourcil ou Pie-grièche isabelle. Allez comprendre…

Je plonge avec enthousiasme sur mon carnet pour saisir l’instant et je n’ai même pas pris le temps de profiter de l’observation. Ensuite, impossible de la localiser parmi toutes ces têtes noires et rousses qui sautillent au gré des vagues. Car le vent s’est levé. Je cherche et cherche encore mais ils sont si nombreux… Si elle fait la sieste ou est en pêche, peu de chances de la revoir… Juste avant de quitter l’affût, je finis par la repérer. Elle se toilette, s’ébroue en exhibant son ventre blanc et s’installe bec dans les plumes, tout à fait incognito. Trois observations, je ne l’ai pas rêvée ! J’apprendrai plus tard par Sébastien, qu’il l’avait aperçue très furtivement samedi en vol mais sans être tout à fait sûr vu la brièveté de l’observation. Ni lui, ni Philippe ne l’avaient ensuite revue à l’est de l’étang…

Le soleil a finalement eu raison des nuages. Retour vers le bureau, ma « case départ ». Je risquerais bien d’y prendre goût… à l’école buissonnière !

Anne

Plumes naturalistes...

Parenthèse …

Virelles, lundi 20 octobre.
La Foire aux pommes toute proche et la compta donnent du piment à ce début de semaine. J’apprécie encore bien ces petites montées d’adrénaline…

Hector, le Butor, a joué à la vedette durant tout le week-end, avec trois individus samedi et deux dimanche. Ça fait bien longtemps qu’on n’avait plus vu cela ! La hauteur du niveau d’eau y est pour quelque chose ! Je parcours attentivement la roselière et croise un vol assez compact et sautillant d’une soixantaine de petits Passereaux qui font route cap à l’ouest. Etonnant vol au ras de l’eau pour des Fringilles… Je pense à un groupe de Linottes mélodieuses … Vont-elles se poser ? A proximité de la grande roselière, elles prennent de l’altitude et disparaissent au-dessus de l’aulnaie marécageuse…

Mon arrivée au bord de l’étang provoque le vif agacement d’un Rougegorge, qui reprend très vite son chant tout en fluidité, perché dans un aulne. Sur l’îlot schisteux, six Bécassines des marais s’ébrouent joyeusement dans l’eau jusqu’à ce qu’un avion de chasse déchire soudain le ciel en provoquant l’affolement général, y compris chez Lapin blanc. Un colvert essaie vainement de s’envoler mais rebondit à deux reprises sur l’eau. Celui-là doit encore avoir quelques problèmes de rémiges … Au rayon des exotiques, dix-huit Bernaches du Canada côtoient un Cygne noir aux plumes joliment frisottées …

J’observe attentivement les roselières nord et ouest … pas de traces d’Hector ! Parmi les canards de surface, les souchets sont les plus nombreux sur cette partie de l’étang. Je croise aussi quelques colverts, Foulques macroules, Fuligules morillons et Cygnes tuberculés. Une Grande Aigrette survole l’étang et se pose dans un arbre de la grande roselière …

Et je continue à inspecter minutieusement les berges, à la recherche de la moindre touffe de roseaux suspecte. Je m’arrête quelques dizaines de fois, croyant que … Toujours la même déception… Les roseaux me jouent de vilains tours ! Les tiges se balancent de gauche à droite en une masse ondulant au gré du vent. Elles s’écartent soudain et laissent apparaître la silhouette tant recherchée. Posé à l’arrière-plan, j’ai vraiment eu de la chance de le repérer ! Sa découverte était aussi improbable que celle de cette femelle de Garrot à œil d’or perdue parmi les Fuligules.

Hector s’agite assez nerveusement contrairement à ses habitudes et disparaît régulièrement derrière les phragmites en mouvement. Ce brassage et cette agitation n’ont pas l’air de trop lui plaire. Quelques gros coups de vent secouent le marais et je le perds définitivement.

Les cris du Martin-pêcheur me rappellent à l’ordre et me signalent qu’il est temps … de fermer la parenthèse …

Anne

Plumes naturalistes...


 

Arrêter le temps …

Virelles, mardi 4 novembre. Ce matin, le soleil est loin d’être franc mais le ciel laisse tout de même apparaître quelques trouées teintées de bleu. La lumière d’automne est toute douce. Hier après-midi, je ne me suis pas rendue compte que les températures étaient si clémentes et je regrette de ne pas être sortie. Alors, c’est décidé, aujourd’hui je compte bien me rattraper !

L’étang reflète un calme que seuls le Troglodyte, le Rougegorge et le Grimpereau des jardins osent venir interrompre. A l’énervement du Troglodyte, je préfère de loin le doux trémolo du Rougegorge. Sur l’île, les Bécassines des marais sont nombreuses à se toiletter, au moins une trentaine … Elles sont sans doute bien plus, cachées dans les hautes herbes. Cinq Pipits spioncelles volètent en tournoyant autour de l’îlot, avant de s’y poser à nouveau. Sans leurs cris et cet envol providentiel, je n’aurais pu deviner leur présence…

Du côté de l’étang, c’est le Fuligule nyroca et les milouinans que j’espère… Et pourquoi pas le Butor, signalé très régulièrement depuis trois-quatre semaines… Le long de la grande roselière, place au clan des canards de surface ! Je compte nonante-cinq Canards souchets, une dizaine de Sarcelles d’hiver et quelques morillons qui ont décidé de faire bande à part. Les plongeurs sont effectivement éparpillés tout le long de la rive nord et c’est parmi eux qu’il faut chercher … J’y ai déjà jeté un coup d’œil en début de promenade, trouvant au loin trois Fuligules milouinans parmi les morillons et les milouins. Je les observerai plus tard, quand je me serai un peu plus rapprochée. Chercher encore… Tout en écoutant le Troglodyte qui s’est décidé, lui aussi, à chanter. Cris du Martin-pêcheur, de Chardonnerets élégants et d’Alouettes des champs en vol et … petit cochon que l’on étrangle dans les marais. Le Râle d’eau est de sortie !

Des milouins, toujours des milouins … Et des morillons à n’en plus finir… Un oiseau se toilette en se contorsionnant et je ne vois que son ventre pâle et le bas de ses flancs. Sans doute un morillon de plus… Arrêt sur image tout de même… Encore cette fameuse intuition… Le premier mâle de Garrot à œil d’or de l’automne est pour moi !!! SMS à Sébastien qui est cloué chez lui en ce moment. De quoi lui changer les idées ! Normalement cette première avait toutes les chances d’être pour lui ! J’avais déjà cherché cette espèce aux Barrages de l’Eau d’Heure le week-end dernier mais n’avait trouvé que des Canards siffleurs, chipeaux et souchets…

Le nez dans mon carnet de notes, je l’ai perdu bien sûr. Coup classique ! Parcourir les fuligules à nouveau… Ça m’apprendra ! Un couple de chipeaux… Les trois milouinans… Et une silhouette aux couleurs chaudes, tibias dans l’eau. Mon cœur se serre ! Maître Butor ! Quelques minutes d’observation et il décolle. Je le suis en vol à la longue-vue sur une bonne centaine de mètres puis il se pose lourdement en hauteur dans les roseaux et y disparaît. Je ne le reverrai pas … Par contre, je retrouve le Garrot en pleine action de pêche. Il n’est pas encore tout à fait joli, ses flancs sont légèrement « salis ».

Début d’après-midi… Encore une bonne heure pour me balader et scruter parmi les canards. Un dernier coup d’œil à l’ouest… et une nouvelle surprise sur l’île. Lapin blanc est papa… ou maman. Et pour Lapin noir, c’est tout juste l’inverse bien sûr ! Deux petites boules de poils blancs prennent le soleil à l’entrée de leur rabouillère. Et en voilà un troisième ! Puis un quatrième tout noir ! L’amusante nouvelle fait vite le tour de l’Aquascope, le tout salué par l’arrivée bruyante d’une soixantaine de Bernaches et par le Garrot qui fait chemin cap à l’ouest. Depuis le début de la journée, c’est là que mon intuition me pousse également. Il doit être écrit quelque part qu’aujourd’hui je ne verrai pas l’autre bout du plan d’eau. Et tant pis pour le nyroca !

Le soleil tombe déjà derrière les arbres mais il diffuse sur l’étang et ses habitants une magnifique lumière dorée. Le vent de nord-est s’est levé ! Deux femelles de Garrot près de l’île ! Un régal pour les yeux ! Elles pêchent côte à côte, de manière parfaitement synchronisée, parmi un groupe de colverts et de souchets. Je ne sais plus où regarder… Je les observe longuement… Leur œil jaune pâle étincelle au soleil…

Ma montre me rappelle à l’ordre… J’aurais aimé pouvoir… arrêter le temps !

Anne

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Comme les petits Lapinos …

Virelles, 17 novembre. Le soleil fait une apparition bien appréciée à cette période où les jours sont courts et où la lumière nous manque tant … Jeudi dernier, même la pleine lune y mettait du sien, essayant brièvement de se faire passer pour l’astre solaire. Lors de son lever vers 16h, elle paraissait énorme et son étonnante couleur orangée faisait penser au soleil couchant. A s’y méprendre …

Depuis ce matin, l’Aquascope passe à l’horaire d’hiver. Il n’y a plus guère que les Mésanges pour s’y presser en semaine … à la mangeoire. Ce sont mes visiteuses habituelles, charbonnières et nonnettes. Et puis aussi la bleue, la gentille petite râleuse, « celle qu’on n’épouserait pas » m’a dit un jour un ami ! Au sol, la mangeoire attire aussi Pinsons des arbres, Verdiers, Rougegorges et Moineaux domestiques. Ce matin, deux hôtes de marque se posent à un mètre de ma fenêtre, une Sittelle torchepot mais surtout un Pic épeiche, qui n’a pas vraiment apprécié de me découvrir de l’autre côté du vitrage.

Comme les petits Lapinos de l’île, je sors de ma rabouillère pour prendre le soleil. J’entends le cri mélancolique du Bouvreuil pivoine, toujours difficile à localiser. Il me semble lointain alors que je découvre un beau mâle à une dizaine de mètres de moi, recherchant des bourgeons dans un buisson dégarni.

Derrière lui, je perçois les cris fins et aigus de Roitelets huppés qui se déplacent fébrilement dans les branchages d’un épicéa. Tout autour de moi, les tiges de roseaux craquent et se balancent au rythme des allées et venues des Mésanges, Troglodytes et Rougegorges. Sur l’étang, les plongeurs sont les rois en ce moment avec plus de 900 Fuligules milouins et morillons. Des scores énormes par rapport aux autres plans d’eau de la région. Autour de l’îlot, belle diversité de canards de surface avec une Sarcelle d’hiver, quatre Canards chipeaux ainsi qu’une belle bande de colverts et de souchets. Quatre femelles au bec spatulé barbotent, filtrant l’eau tête en bas et postérieur en haut, tout en tournant sur elles-mêmes. Jolie démonstration de nage synchronisée…

Sébastien me signale cinq Panures à moustaches, dont deux mâles, bien visibles en bordure de la grande roselière. Direction le mirador … J’ai beau chercher, je ne repère rien à part une fausse alerte pour … un Rougegorge. Ce ne sera donc pas encore pour cette fois…

La balade se termine par un envol de Bécassines des marais et de grands fous rires. Sébastien et Olivier sont partis en canoë sur l’îlot pour récupérer à l’épuisette les membres de la famille Lapinos. Les grands froids approchent, il est temps de les mettre à l’abri. Et je ne peux m’empêcher de rire en voyant nos deux gaillards cavaler … comme des lapins !

Anne


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Patience, encore …

Virelles, mardi 25 novembre
. L’étang affronte les premiers frimas, neige le week-end et gelée ce matin. La végétation est couverte de givre et une fine pellicule de glace s’est posée par endroits à la surface de l’eau. Vers 9 heures, le soleil fait une timide apparition mais referme bien vite les yeux. L’air est voilé d’une légère brume. Soleil, tu nous manques tant !

J’ai préparé bottines et longue-vue pour un bol d’air en fin de matinée. Brève hésitation vu le manque de lumière … Allez, on verra ! Dans le parc, une Sittelle, occupée à marteler, fait entendre des claquements secs. Cris de Geais des chênes, Mésanges bleues et charbonnières, Mésanges à longue queue … La boréale aussi … Pschhh, Pschhh …

Le soleil réapparaît furtivement et apporte une jolie note dorée au paysage. L’heure est au lent dégel. L’atmosphère est feutrée, j’entends seulement quelques cris, chants et battements d’ailes d’oiseaux qui s’ébrouent sur l’eau.

Le froid nous aurait-il apporté quelques visiteurs venus du Grand Nord ? Les milouins et morillons sont toujours nettement majoritaires. Près de l’îlot, observation rapprochée d’un beau mâle de Canard chipeau. Sa devise : « Elégance, bon goût et sobriété ». Un plumage tout en subtilités et raffinements : pointillés, mouchetures et fines vermiculations y déclinent toutes les nuances de brun. Ses longues scapulaires, liserées de brun roux, retombent joliment sur ses flancs et n’ont presque rien à envier à celles du Canard pilet. Œil légèrement souligné, bec sombre, sous-caudales noires bordées d’un miroir blanc. Pas le moindre soupçon d’exubérance chez cet oiseau-là ! La grande classe ! Le vrai chic !

Je recherche des silhouettes claires, espérant des Harles bièvres. Tous les individus suspects ne sont que des Canards souchets. Encore un peu de patience … En rejoignant l’est de l’étang, je provoque l’envol d’un canard qui longeait jusque-là la berge. Pas l’occasion de le prendre aux jumelles mais avec tout ce blanc dans l’aile, j’ai bien ma petite idée …

Au bout de l’étang, l’eau qui s’engouffre dans le moine fait un impressionnant bruit de vieille locomotive. Arrivée en masse ces derniers jours, il faut en effet lui permettre de poursuivre son chemin…

Près de l’ancienne canardière, Goélands bruns et argentés ont pris possession d’un radeau de glace. Presque tous sont des individus adultes. En milieu d’après-midi, bien d’autres rejoindront le plan d’eau en rangs serrés, comme chaque jour.

Le long de la rive, au-delà du déversoir, j’aperçois deux femelles de Garrot à œil d’or. Elles pêchent ensemble, à faible profondeur, ne s’éloignant guère du bord. En rejoignant l’Aquascope, j’en découvre une troisième près de l’île boisée. Indécise, elle alterne sieste et séances de pêche. Une heure plus tôt, nous nous étions déjà rencontrées car il s’agit, j’en suis sûre, de l’oiseau dont j’avais provoqué la fuite !

Anne

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Lever de soleil chez Aurore …

Virelles, lundi 8 décembre. Une seule nuit de gel et l’absence de vent ont suffi à déposer une fine pellicule de glace sur une bonne partie du plan d’eau. La végétation est figée sous le givre que le soleil naissant ne tardera pas à faire disparaître. L’ouest de l’étang est comme endormi, la majorité des oiseaux étant rassemblés à l’extrémité opposée. Un temps à faire sortir Hector le Butor…

Près de la grande roselière, l’atmosphère est digne du domaine de la Belle au Bois Dormant. Mouettes, Goélands et Bernaches ont déjà quitté l’étang au petit jour en passant devant mes fenêtres. Quelques colverts se reposent sur l’île en compagnie d’une Bécassine des marais. Une Grande Aigrette est perchée haut dans un arbre. Seuls quelques morillons ont brisé cette loi du sommeil, ainsi qu’un mâle de Garrot repéré lors d’un bref retour à la surface entre deux plongées. Le soleil fait briller sa jolie tête vert foncé. Un autre mâle longe la roselière nord, directement suivi par une femelle.

En faisant demi-tour, je trouve le cadavre d’un Geai des chênes, corps décapité et poitrine ensanglantée. La signature de l’Autour, peut-être … ou plus probablement celle de la femelle d’Epervier… Sur le petit chemin bordant la rive sud, les feuilles mortes gelées crissent sous mes pas alors que dans les arbres, le givre se transforme en une pluie continue de fines gouttelettes. La balade me donne l’occasion de découvrir les travaux effectués tout récemment sur l’île boisée. Elle vient d’être réouverte sur sa moitié est dans l’espoir d’y favoriser l’installation d’une colonie d’Ardéidés. Les arbres abattus, couchés dans l’eau, serviront bien vite de perchoirs pour les oiseaux mais aussi de zone refuge pour le petit poisson. L’aménagement sera bientôt complété par l’installation d’une deuxième aire à Balbuzards pêcheurs et par la pose de nichoirs à Harles et Garrots. Aujourd’hui, sur ses berges, quelques Canards chipeaux se toilettent près des colverts.

Beaucoup d’oiseaux se sont regroupés aux abords du Ry Nicolas mais pour tous, milouins, morillons et souchets, l’heure est encore à la sieste. Seul un Garrot mâle y exécute avec énervement de curieux mouvements du cou et de la tête alors qu’il n’y a pas d’autre individu de son espèce dans les parages ! L’ancienne canardière a rassemblés les exotiques, deux Ouettes d’Egypte posées à sa gauche et un Tadorne casarca trônant à son sommet.

Un atterrissage très proche me fait soudain lever les yeux de mon carnet. Le couple de Garrots vient de se poser à une dizaine de mètres de moi. Juste le temps d’admirer le mâle quelques instants et la femelle donne le signal de départ vers l’est de l’étang …

Anne

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Juste quelques petites choses …

Virelles, vendredi 19 décembre. Après quatre jours de lutte acharnée, le soleil sort enfin vainqueur et m’attire comme un aimant. Ses rayons auront bien vite raison des dernières plaques de glace que les vagues font chanter mais je suis toutefois surprise par la fraîcheur du vent.

Les grands échassiers blancs étincellent au loin. Trois Grandes Aigrettes déambulent à pas comptés le long de la roselière. Trois autres ont pris possession des arbres de la presqu’île du « bout du monde ». Les troncs récemment couchés dans l’eau à l’est de l’île attirent déjà les oiseaux percheurs, Grands Cormorans et Hérons cendrés. Le long de ses berges, les canards sont nombreux à l’abri du vent : Fuligules milouins, colverts, chipeaux ainsi qu’un groupe de treize Ouettes d’Egypte. Juste le temps aussi d’apercevoir un mâle de Garrot à œil d’or à la sauvette. Philippe vient d’en compter jusqu’à huit !

L’Oiseau « avec un grand O » est de sortie. Tel un automate posé à un mètre de hauteur dans les roseaux, un Butor étoilé effectue un très lent tour complet sur lui-même avant de rejoindre le niveau inférieur, de tirer sa révérence et de disparaître au cœur de la roselière. Cinq Grandes Aigrettes viennent de rejoindre ce secteur, ce qui n’est pas au goût du Seigneur …

Deux oiseaux noirs et blancs survolent l’étang et attirent mon attention par leurs cris. Ki-vit, ki-vit … Deux Vanneaux huppés… Un peu plus tard, ils sont une trentaine à illuminer le ciel de leurs flashs blancs. Un Epervier perché au sommet d’un arbre mort … Une douzaine de Bécassines qui tournoient longuement et cherchent un endroit calme pour se poser … Et la froideur de l’ombre qui me pousse à faire demi-tour … un rien trop tôt …

Je croise un peu plus tard Philippe et Sébastien, un peu gênés de m’annoncer … une Sarcelle d’été … un sanglier traversant un chenal de la roselière à la nage … un Pipit spioncelle en vol … et surtout un Chat sauvage au pied du mirador !
Juste quelques petites choses, comme ils disent …

Anne

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Une aube sauvage à Virelles …

Les cris de la hulotte se croisent dans les derniers instants de la nuit. Déjà l’est se teinte d’une lueur pastel. Nous nous glissons dans le canoë et nous pagayons vers le clair obscur du nouveau jour. La civilisation humaine cède le pas à un royaume issu d’un autre temps.

Athabaska, tel est le nom de notre canoë, glisse vers la roselière. Premier contact. Nous sommes baignés de chants d’oiseau, 5, 10, 15 ? Impossible à dire, il nous faut fermer les yeux et écouter, juste écouter, alors seulement nous reconnaissons certains d’entre eux. Ils se répondent, exigent qu’on les écoute. Tout ce beau monde nous signale qu’aujourd’hui comme les jours précédents ils seront membres de la communauté de l’étang.

Mais déjà l’horizon nous rappelle, nous nous relançons vers le nouveau jour. La voûte céleste se colore des premiers rayons et nous réalisons soudain que la brume nous cerne. Pourrions-nous nous perdre si nous nous écartions davantage du rivage ? Saveurs et peurs joyeuses de l’enfance. Les couleurs se transforment d’un instant sur l’autre. Les rayons du soleil louvoient et se reflètent sur les gouttes d’eau en suspension.

Quelques canards se dérobent à notre regard, s’enfonçant dans le rideau opaque du brouillard pour disparaître dans l’inconnu. Ceci n’est que partie remise messieurs, l’astre de lumière nous révèlera bientôt vos mondes cachés. Et nous pourrons alors sourire de vos plongeons et de vos envols. Nos yeux chassent la moindre présence, le moindre mouvement, le moindre indice qui nous donnerait à apercevoir l’inattendu. Tout vient à point à qui sait attendre disait le fabuliste Jean de la Fontaine.

L’un d’entre nous soulève la main vers la cime des arbres, là, légèrement décalé, juste un peu sur la gauche. Un seigneur se lève, troublé par notre présence. Le rapace déploie ses ailes dans l’éther et sans rien ajouter que son envergure, se fond dans un océan de brume. Qui était-il ? Notre guide ne peut s’empêcher de penser au Balbuzard pêcheur.  Nous décidons de suivre sa direction sans espoir de le surprendre à nouveau. En fait, juste pour se réchauffer au premier soleil de la journée.

Nous arrêtons Athabaska au milieu de nulle part et nous écoutons l’histoire de cet étang. Issus du travail des métaux par les hommes, forges, soufflets et enclumes y résonnèrent durant de longues années. Nous nous perdons dans les méandres de l’histoire lorsqu’une douce rumeur se fait derrière nous. Un vol de cygnes déchire la brume. Dignes et majestueux, ils nous dépassent par la proue. Le cou tendu et les ailes éclatantes, ils viennent saluer l’astre diurne. Un retardataire les rattrape en nous survolant sans craintes et se fond dans leur vol pour s’en retourner dans un monde qui n’est déjà plus que brumaille. Autour de nous, la brume se dissipe en petites fumerolles qui se parent de couleurs au nom de saveur. Sépia, ambre, souffre, cyan ou encore carmin. Le cœur perdu dans ce tableau intimiste, nous partons vers la petite rivière qui alimente l’étang à la découverte du castor.

Ce nouvel hôte du lieu ne se montrera que par ses traces que sont arbres abattus à l’écorce rongée ou encore constructions aux nombreuses issues. C’est une occasion de se déplacer dans la partie la plus sauvage de la réserve. Pas d’intervention humaine ici. La nature laissée pour seul maître d’œuvre. Un univers où le peuplier, l’aulne, le saule et le frêne sont maîtres des terres et abritent quantité d’oiseaux qui nous charment par leurs chants ou qui nous accordent un vol furtif en guise de salut. Selon les saisons, Loriot au cri charmeur, Rousserolle verderolle aux imitations trompeuses ou encore Pics épeiche et épeichette tambourinant à la recherche de victuailles . Un essaim de pigeons voyageurs se rue vers le nord… Quel doux voyage !

Philippe Avenel

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